Je travaille en ce moment en BEPA sur une séquence visant à développer les capacités à faire des projets à plusieurs et convenir de rendez-vous.
Après avoir révisé sur le papier les heures et quelques expressions du futur, je souhaitais attaquer très vite l’expression orale, car avec ces classes le travail écrit est fastidieux, génère beaucoup d’ennui et très peu de progrès.
Sur le modèle de la « tournante » présentée dans cet article (Encourager l’expression orale en classe de langue), j’ai fait hier après-midi des sessions d’expression orale guidée avec plusieurs groupes qui avancent de conserve (en tout cas en ce moment, et c’est un vrai bonheur !), mais avec une variante qui me plaît beaucoup et que je vais décrire ici. J’expliquerai ensuite pourquoi elle me plaît beaucoup, à plusieurs titres.
En début d’heure, j’ai écrit avec le groupe deux dialogues modèles et interchangeables (contenu différent, mais situation et finalité identiques). C’est moi qui écris au tableau, les élèves ne doivent surtout pas copier, ils proposent en anglais et en français, je corrige pour qu’il n’y ait que des énoncés corrects, et je m’assure que les modèles dont j’ai besoin pour la suite de mon cours sont bien utilisés.
La situation était très simple :
« C’est vendredi, il est 6h, les cours sont terminés, vous êtes devant le lycée avec un copain, vous attendez votre bus et votre copain attend sa mère. Il vous reste donc 2 minutes pour convenir d’un rendez-vous le lendemain. »
On s’est donc retrouvés avec deux dialogues à la fois différents et très similaires, écrits au tableau. Après 5 minutes de ripitaftermi, après avoir souligné les accents toniques, biffé les « e » des « ed » et des « the », les « o » des « to », des « of » et des « for », après avoir écrit en phonétique et répété 30 fois les mots les plus compliqués, on a démarré (il restait alors à peu près 30 minutes de cours, pile poil ce qu’il faut).
J’ai mis les élèves par deux, donné un baladeur à chaque groupe, et 3 minutes à chaque groupe pour enregistrer les deux dialogues.
Au bout de 3 minutes, « Time ! », on tourne, chaque élève change de partenaire et recommence, si le groupe est en nombre impair, celui qui était seul ne l’est resté que 3 minutes.
Mais avant de recommencer, sinon ce serait bien trop facile, j’ai effacé 2 mots du tableau sur chaque dialogue. Et c’est reparti pour 3 minutes, puis 3 autres, à chaque fois en enlevant 2 ou 3 mots de chaque côté (bien penser à remplacer chaque mot par un trait, sinon c’est trop dur). A la fin de l’heure il manquait plus de la moitié de chaque dialogue, et toute la classe connaissait les deux dialogues quasiment par coeur. Ce qui m’arrange beaucoup puisqu’on y avait utilisé exactement les outils langagiers que je veux leur faire manipuler dans les prochaines séances.
Le top bien sûr serait de leur donner un peu de travail écrit pour remanipuler les structures et le vocabulaire utilisé à tête reposée d’ici le prochain cours (des devoirs, quoi). Le problème étant qu’on était jeudi, que le cours suivant est mardi prochain, que ça ne serait efficace que s’ils les faisaient le soir même, leurs zexos, les zoziaux, et que j’ai très peu foi en l’efficacité d’un « vous faites vos exercices ce soir, hin, les enfants ? ». J’ai donc usé d’un subterfuge sournois en leur disant que ceux qui arriveraient mardi prochain avec un des deux dialogues réécrit et 3 fautes maxi auraient un petit 20, héhé, et j’espère que je vais en donner, plein, des 20.
Pourquoi j’aime ce genre d’activité :
- parce que c’est super drôle
- parce qu’en général c’est efficace, au cours prochain je leur donne le script comme référence et des exercices de variation en utilisant les structures qu’on a utilisées et je suis certain qu’ils vont les faire sans peine, et qu’ils seront ensuite fin prêts pour refaire une séquence d’enregistrements improvisés à partir de jeux de consignes en français (cf par exemple progression de la séquence Making plans).
- parce c’est un bon exemple pour essayer de les motiver à bosser le soir leurs cours de la journée et pas les cours du lendemain.
Photo Ysogo Eraser par Azfar Hakim - cc-BY-SA


























